Mortal-jambon
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Je ne fais que trépasser. Je voulais commencer un truc dans le genre : tes nichons et ton cul sont devant un cas de conscience (ouais ton anatomie a une conscience et j’ai de l’esprit) car désormais chez Aubade, le standard ne sera plus 90-60-90 mais 180 tout rond (ou presque). 180 comme le nombre des emplois supprimés pour maintenir la marque à flot même si c’est un flope. Mais je ne fais que trépasser. Je n’arrête pas d’entendre des Sarkozy ici et des Ségolène là, de voir des banlieues qui transpirent, écrasées par le poids de la chaleur des villes triomphantes. Des espèces de forêts de morts et autres ZUT et zut charniers en décomposition avancée. Je n’en peux plus de lire dans les douves de la mémoire collective où nagent des songes, le nombre de noyés, de me demander, de m’inquiéter et si le jour se levait dans une heure sur des draps vides ? Mais je ne fais que trépasser, alors. Alors rien. Cette vie, à la gueule moche et tordue, que tu t’obstines malgré tout à maquiller pour la rendre plus baisable, … et puis non, alors rien. Un firmament de cristal. Je ne fais que passer.
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l’éternité et une petite odeur de Yack Et pendant ce temps là, roulant aux alentours de tombeau ouvert, empruntant l’été comme pas mal d’autres automnes, je rejoignais des milliers de kilos de jeunes gens sales ayant parcouru pour la plupart un nombre absurde de kilomètres humides pour aller s’entasser au beau milieu d’un champ de blés fraîchement coupés, en pente, dans une tente faiblement isolée du monde des vivants, le sourire aux lèvres et les oreilles apprêtées, le fort n’avait pas bougé et les gens non plus. Le jeune. Prenait enfin conscience des problèmes écologiques de la planète. Limitant sa consommation d’eau au prix de mesures drastiques. Refusant de se laver. Entassant ses selles dans de grandes vasques sèches de plastique bleu. Dégainant promptement la brosse à dents à chaque nouveau passage de la comète de Haley. L’instinct grégaire retrouvé. Plantait la tente sur celle de son voisin. N’hésitant pas à assurer une habile rotation de troupes permettant de maintenir un niveau sonore d’une centaine de DB à l’intérieur du camping. Hurlant gaiement son alcool mauvais jusqu’à 7h puis passant le relais à l’Anglais du matin, sorte de clairon sur pattes se nourrissant de bière et de cheddar. J’avais mal dormi Le reste avait été bon.
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J’ai arrêté deux fois les épinards cette semaine, j’espère donc ne jamais mourir.
Quoi moi, Jean François, un problème avec les épinards ? Ah non, non, moi les épinards, j’en mange une fois de temps en temps, comme ça, en société, non celui qui a un vrai problème avec les épinards, c’est Bernard, l’autre con qui vient de s’acheter un Scénic Bleu… … Les épinards ? Noooooon, j’en prends jamais la semaine, je maîtrise… mais celui qui ne maîtrise pas du tout c’est Jacques, tu verrais ce qu’il s’enfile comme épinards ! … Ah mais je sais manger les épinards moi, je ne mange que les moins forts… alors qu’Eric, lui, il abuse… …Non j’abuse pas, une fois de temps en temps, les épinards ça aide à relâcher la pression, c’est pour la fête mais tu me verras jamais en petit-déjeuner, alors que Philippe… … Au petit déjeuner ? Oh une fois de temps en temps mais je ne suis pas épinardolique du tout, juste j’aime bien le goût… c’est pas comme Jean François… … Epinards, celui qui conduit, c’est celui qui n’en mange pas. Epinards, votre corps se souvient de tout. Tu t’es vu quand t’as mangé des épinards ?
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Ne jamais emmerder un homme déprissif quand il a ses règles
A peu près tout est vain. Environ. A pas grand chose. On n’a qu’à dire. En ce moment ; même dix-neuf. Ca va rarement en s’arrangeant. Surtout au final. Sur ce que j’en sais. Rien, à plus ou moins 20% indexé sur le coup social du RMI. Voilà. Rien. Bien résumé. Vivement hier.
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« Tout le monde meurt en février. Les défilés des tuniques d'été affriolantes ont laissé place aux cortèges des corbillards. Les rouges-gorges sont chassés par les corbeaux, le soleil, devenu laiteux, ne règne plus en maître absolu dans le ciel, contesté par un brouillard épais et maladif. L'eau dans la rivière s'écoule plus lentement, comme résignée par ce qui va arriver. Au bout des nuits fraîches, aux coins des rues, on en arrive à voir des pendus qui se balancent aux réverbères, tels des horloges déréglées. Tristes visions. Personne dans les artères de la ville, juste deux ou trois silhouettes qui se pressent, calfeutrées sous d'épais manteaux pendant que les têtes ne dépassent plus des écharpes ternes et omniprésentes. La journée s’achève. Les derniers rayons de soleil sèchent le bitume trempé par une averse anachronique et ça sent bon. Deux vieux assis sur un banc, leurs deux mains soutenues par leurs cannes noires coincées entre les jambes, regardent les filles passer en se faisant des clins d’œil et en se donnant des coups de coudes. Et tout est calme. Et l’halogène céleste augmente son intensité lumineuse. Puis dans un regret ou un savant calcule, il règle encore sa position si bien que les ombres disparaissent et, en se ravisant, éclabousse la rue d’éclats volontaires et agonisants. Derrière le banc qu’occupent les deux ruines d’humains, il y a un marchand de journaux, un magasin de chapeaux, une banque et une épicerie fermée. A 17h30, les deux vieux se lèvent dans un craquement d’os et un grincement d’articulations, une odeur de naphtaline monte doucement. Ils se saluent et l’un part vers la droite et l’autre vers la gauche. Et le soleil faiblit. Et il fait un peu plus froid. Et le vent se lève à son tour, le ciel s’assombrit encore, le soleil lutte et, sentant la nuit venir dans quelques minutes, décide qu’il en a assez fait pour aujourd’hui et c’est ainsi qu’en ce mardi 21 février 2006, le soleil n’est plus réapparu. Jusqu’au lendemain ».
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souriez vous êtes client
Et puis il y a ces matins délicats où tout converge pour t’indiquer que tu es seul au milieu du monde et qu’il manque des pans entiers à ta vie, que tu t’es laissé glisser jusqu’ici et qu’au fond tu voulais aller ailleurs, que tu seras de toutes les façons toujours seul face à ta vie et à l’amour des autres et au miroir déformé qui te renvoie l’échec patent qu’est ton existence, que tu pourrais bien ne jamais avoir vécu et d’ailleurs tu n’as peut être jamais vécu et le temps file et les grains de sable s’envolent et quelques mèches fatiguées retombent négligemment sur ton front plissé. C’est en général le moment que choisit ton antiquité télécommunicante pour vibrer, on a pensé à toi, on t’a envoyé un SMS et le vent balaie un instant ces rides au bas de ton visage et tu tapotes fébrilement les touches pour avaler ta pilule de vie et relever tes yeux rougis et puis SFR t’informe qu’il vient de remettre ta carte à jour cher client.
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SOLDES : -20% sur la connerie
Et puis j’ai vu les gens éructant, leur veines saillantes, la bave aux lèvres, s’approcher du micro et de la caméra et déverser des flots de mots tout noirs, irréfléchis et contrariés, des mots d’enfant gâté qui s’est vu refuser le petit train dans la vitrine parce que c’est la vie et tu n’auras pas tout ce que tu veux, des bouches qui grincent des « on est dans un des pays les plus développés du monde et on est infoutus de faire rouler un train quand y a trois flocons, ah y a qu’en France qu’on voit ça Monsieur !!!!» en lettres majuscules et en gras et avec des points d’exclamation plein la bouche et puis aussi des « Non mais on envoie des engins sur la lune et on sait pas faire marcher un train quand il neige, c’est n’importe quoi !!!» avec un peu de bave qui coule et des yeux exorbités et la veine qui palpite sur la tempe et puis plop, elle pète et le sang qui se répand - ou alors ça c’est juste dans mon fantasme.ffice ffice" />
Le journaliste d’M6, appelons le sot6 a probablement tourné 2 heures de rushes. Des gens qui disent, oui, vous savez c’est normal, des fois, la nature elle fait ce qu’elle veut, ou c’est pas grave, c’est pas de leur faute, et des résignés, des marrants, des gentils, des perdus avec des vous avez pas vu mon sac, j’ai perdu mon sac, aidez-moi à retrouver mon sac et ah mon train, oh tant pis, je prendrai un autre demain, bref des gens normaux. De ceux qui n’existent pas à la télé.
Et puis j’ai vu des gens normaux transformés en robots tueurs, les yeux exorbités, tendus vers l’objectif, concentrés, sur la ligne de départ à l’entrée, se piétiner lorsque les grilles se lèvent, jouant du coude et des épaules pour être le premier à franchir la ligne d’arrivée. Des gens métamorphosés en spermatozoïdes, s’agitant entre les parois des supers allées organiques, voulant être l’heureux élu, le seul, qui fécondera l’ovule du bien de consommation convoité. Des cris, des insultes, des coups, des tordus, des plateaux repas servis pour ceux qui n’ont pas le temps de manger entre deux soldes : la métaphore suprême. Des gens heureux, qui parfois n’ont rien mais qui vont le dépenser quand même car si « on ne fait pas d’affaires pendant les soldes ce n’est pas le reste de l’année qu’on en fera ». Des gens avec un budget de 100 euros pour la famille et qui repartent, le visage griffé et les habits du dimanche déchirés, avec 200 euros d’achats soldés dans le panier.
Le directeur du magasin, appelons le Merdasin se frotte les mains et la tige devant le rush ininterrompu des gens lobotomisés. Pourtant ce n’est pas tout. Y’a des gens normaux, des gens gentils, d’autres moins normaux et plus gentils encore, des gens qui tendent la main, soldes ou pas, dans les mêmes fringues que l’an passé, à la même place et qui espèrent te taper d’un euro (sur ton budget) pour s’acheter en solde, tu t’en doutes, un relief de repas. Parce qu'il n'y a pas que les trains qui gèlent.
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